

Columbus — la Miller House et sa fosse de conversation, sur pause
Le film de Kogonada se passe dans la petite ville la plus moderniste d'Amérique. Pause sur la maison de Saarinen et Girard : un salon creusé dans le sol, et la couleur comme mobilier.
2 MIN · 5 OBJETS IDENTIFIÉSColumbus, Indiana : quarante mille habitants et plus de bâtiments signés que bien des capitales. C'est là que Kogonada tourne, en 2017, un film où deux personnages ne font presque rien d'autre que regarder de l'architecture. Mettez sur pause la scène de la maison : la Miller House, et son salon creusé dans le sol.
Une ville comme décor
Tout vient d'un industriel, J. Irwin Miller, qui a payé pendant des décennies les honoraires des architectes pour ses écoles, ses banques et ses églises : Eliel puis Eero Saarinen, I. M. Pei, Harry Weese, Robert Venturi. Le film fait défiler ces façades comme d'autres filment des visages. Rien n'est un décor de studio ; tout se visite.
La fosse de conversation
La maison des Miller, dessinée par Eero Saarinen en 1957, est surtout connue pour son intérieur, confié à Alexander Girard : au centre du salon, un carré creusé dans le sol, tapissé de coussins de couleurs vives, où l'on descend pour s'asseoir. La « conversation pit » a été copiée dans toute l'Amérique des années 60, puis oubliée, puis redécouverte par les feeds. Elle tient à trois choses : un sol continu, des coussins qu'on change au fil des saisons, et aucun meuble posé autour.
Ce qui s'achète
Les pièces de la maison sont éditées : les sièges de Saarinen chez Knoll, la table Tulip, les textiles et les objets de Girard réédités par Vitra et Herman Miller. Une chaise Tulip d'époque se négocie entre 500 et 1 000 €, une réédition davantage. La fosse, elle, ne s'achète pas : elle se construit. À défaut, un grand tapis épais et des coussins au sol en donnent l'esprit pour une centaine d'euros.
La palette
Girard travaillait la couleur comme un mobilier : rouges, ocres, roses et turquoise par touches sur un fond de marbre blanc et de noyer. La leçon du film : une architecture calme peut porter des couleurs franches, à condition qu'elles soient regroupées en un seul endroit.
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