La chaise de Chandigarh : comment Jeanneret a meublé une ville
Teck, cannage, pied en V. Comment les chaises dessinées par Pierre Jeanneret pour une ville indienne entière ont quitté les bureaux administratifs pour Drouot — et comment reconnaître une vraie.
Il y a des meubles dessinés pour un salon. Celui-ci a été dessiné pour une ville. Quand l'Inde confie à Le Corbusier la création de Chandigarh dans les années 1950, c'est son cousin Pierre Jeanneret qui reste sur place et meuble, pièce par pièce, toute l'administration. Soixante ans plus tard, ces chaises de bureau valent une fortune.
Le contexte
1951-1965 : Jeanneret installe à Chandigarh des milliers de sièges, bureaux et bibliothèques en teck local et cannage, fabriqués sur place. Du mobilier d'État, fonctionnel, sans prétention — destiné aux tribunaux, universités et secrétariats.
Du rebut au graal
Dans les années 2000, l'administration indienne remplace ces meubles « démodés » par du mobilier moderne. Des marchands les rachètent au poids. Aujourd'hui, une chaise PJ se vend en moyenne en moins d'une heure sur Selency, et les pièces documentées partent chez Wright ou Phillips à plusieurs milliers d'euros — prix multipliés par quatre en quelques années.
Reconnaître une vraie
Trois signes : le teck massif patiné (pas du placage), le cannage tressé main (souvent re-cané, ce qui n'enlève rien), et surtout le piètement en V compas caractéristique. Les pièces authentiques portent parfois des marques d'inventaire au pochoir (numéros de bâtiment). La provenance documentée fait toute la valeur.
Pourquoi ça vaut autant
Le vintage n'est plus écologique, il est positionnel : posséder une vraie Chandigarh prouve qu'on a dépassé le stade du moodboard. C'est l'objet-signal des connaisseurs — et la spéculation a suivi.
Une chaise en teck repérée en brocante ? Scannez-la sur Beyit : vraie Chandigarh, hommage, ou simple chaise coloniale ?
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