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Tout est en ordre : l'Institut suédois met le bon goût suédois à l'épreuve
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Tout est en ordre : l'Institut suédois met le bon goût suédois à l'épreuve
Septembre 2026Le OFF
Le OFF · Septembre 2026

Tout est en ordre : l'Institut suédois met le bon goût suédois à l'épreuve

Jusqu'au 4 octobre, rue Payenne, une exposition d'art et de mode interroge la retenue suédoise : une vingtaine de mannequins aux proportions impossibles, quatre artistes et designers, cinq maisons de mode. Entrée libre, nocturne le jeudi.

3 MIN · 17 septembre 2026

Il existe une idée suédoise du bon goût : l'ordre, la retenue, la neutralité. L'Institut suédois, rue Payenne, l'a posée sur la table jusqu'au 4 octobre — non pour la célébrer, ni pour la rejeter, mais pour regarder ce qui se passe quand on la dérange un peu.

Le principe

Tout est en ordre part de gestes minuscules — faire la queue, attendre son tour, bien se tenir — et les laisse dériver. Sous le commissariat de Nicole Walker, l'exposition assemble silhouettes, sculptures, sons et images sans hiérarchie apparente : des mannequins recomposés, aux proportions hors du commun et aux identités brouillées, forment des files d'attente qui ne mènent nulle part. Tout semble vouloir être juste ; quelque chose résiste, glisse, échappe. C'est la tension que l'exposition entretient d'une salle à l'autre : entre l'ordre et la distorsion, le neutre et l'identité, l'ordinaire et l'absurde.

Ce qu'on voit

Le parcours s'ouvre au rez-de-chaussée sur un mannequin suspendu qui tourne lentement sur lui-même, puis monte au premier étage, dans une salle densément peuplée : une vingtaine de figures debout, allongées, juchées sur les armoires anciennes de l'hôtel de Marle. Leurs attributs sont ceux d'un quotidien qui aurait mal tourné — un bras qui se termine en canne, un tuyau d'aspirateur, une jambe de bois chaussée d'un sabot de cerf, une béquille, une laisse.

Les vêtements viennent de cinq maisons de mode suédoises de générations différentes, des plus installées aux plus jeunes : Our Legacy, Hodakova, Per Götesson, LLL et Love is Shouty but Iconic. La marque s'efface ; ce sont les relations entre les pièces qui comptent. Une chemise et une cravate d'Our Legacy, un short de LLL, des chaussures de Love is Shouty but Iconic sur la même figure : c'est l'image qui ouvre l'exposition, et elle résume la méthode. La mode n'y est plus un produit ni une image figée, mais un système en mouvement, fragile, qui dépend du contexte et du regard.

L'art qui perturbe la mode

Quatre artistes et designers occupent les mêmes salles : Anton Alvarez, Anna Uddenberg, Klara Zetterholm et Simon Skinner. Leur rôle n'est pas d'illustrer les vêtements. Il est de bloquer les silhouettes, d'interrompre le regard, d'introduire de la friction. Alvarez est connu pour ses machines qui fabriquent des objets à sa place — la Thread Wrapping Machine, qui enrobe du mobilier de fil, l'extrudeuse à céramique ; Uddenberg pour ses corps féminins pliés dans des dispositifs de confort qui ressemblent à des sièges. Dans une exposition sur la tenue, ces deux vocabulaires ne sont pas là par hasard.

Pourquoi cette adresse

L'Institut suédois est le seul centre culturel suédois hors de Suède. Il occupe depuis 1971 l'hôtel de Marle, un hôtel particulier du XVIe siècle du Marais, avec un jardin, un café, une collection permanente du XVIIIe siècle — les portraits d'Alexander Roslin, le siècle de Carl Gustaf Tessin — et une programmation qui va de la photographie au ciné-club nordique. L'entrée est libre. Cette semaine, l'exposition est présentée dans le cadre de la Paris Design Week et à la veille de la Fashion Week : c'est l'une des rares adresses du OFF où l'on entre pour une heure sans rien avoir à acheter, et où le décor vaut la visite autant que l'accrochage.

Ce qu'on retient, côté objet

Pour nous, l'intérêt est ailleurs que dans la mode. Le design suédois que l'on a chez soi — l'étagère String, le secrétaire des années 60, la chaise en bouleau — vient exactement de cette culture de l'ordre et de la retenue que l'exposition dérange. Aller voir ce que des artistes en font, c'est aussi se demander d'où vient ce qu'on possède, et pourquoi on l'a choisi.

Le programme

Y aller

Institut suédois — 11 rue Payenne, 75003 Paris, métro Chemin Vert ou Saint-Paul. Tout est en ordre, du 2 septembre au 4 octobre 2026. Du mardi au dimanche de 12 h à 19 h, nocturne le jeudi jusqu'à 21 h. Entrée libre, sans réservation.

Le geste Beyit : photographiez une pièce dans ces salles — un siège, une armoire, une lampe — et scannez-la : l'outil vous dit qui l'édite, à quel prix, et ce qui existe autour.

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