Hanne's Bedroom : la chambre de 1961 qui avait dérouté le Danemark
Finn Juhl l'a dessinée pour Hanne Wilhelm Hansen. Quatre pièces, des couleurs tirées de Goethe, et un pas de côté complet par rapport au design danois de l'époque. House of Finn Juhl en réédite trois, et c'est rue Jacob que ça se passe.
3 MIN · 19 septembre 2026En 1961, Finn Juhl dessine une chambre pour Hanne Wilhelm Hansen, sa compagne. Elle est colorée, elle est bavarde, et elle déroute : le design danois de ces années-là, c'est du bois clair et de la retenue. Soixante-cinq ans plus tard, ce sont exactement ces couleurs qu'on vient voir rue Jacob.
Quatre pièces, et une commande qui n'en était pas une
L'ensemble de 1961 compte quatre meubles : un lit, un fauteuil, une petite table et un cabinet à gants. Ce n'est pas une commande d'éditeur ni un projet d'exposition — c'est une chambre, dessinée pour une personne, dans une maison. C'est ce qui en fait l'un des projets les plus personnels et les moins conventionnels de sa carrière, et ce qui explique qu'il ait si peu circulé.
Le lit a des formes organiques et une assise qui semble flotter : cerisier, détails en wengé, et des surfaces peintes dont les teintes sont tirées de la théorie des couleurs de Goethe — le spectre chaud d'un côté, le spectre froid de l'autre. Le fauteuil combine cerisier, acier bruni et roulettes en laiton non traité ; il était à l'origine tapissé de rouge, en soie de Thaïlande.
À côté de ce que Juhl avait montré dans les années 1940 — les pièces qui ont fait sa réputation, sobres et sculpturales — c'est un écart franc. Le public danois s'est divisé. Il faut se souvenir qu'en 1961, la couleur, dans le mobilier scandinave, était à peu près une faute de goût.
Ce que House of Finn Juhl réédite
Trois pièces reviennent en production : le Wilhelm Hansen Bed, la Television Chair et la Television Table. Elles sont disponibles chez les revendeurs officiels depuis le 10 septembre 2026.
Le détail qui compte, pour nous, tient en une phrase : en 2001, Hanne Wilhelm Hansen — devenue la veuve de Finn Juhl — a confié à Ivan Hansen et Hans Henrik Sørensen les droits exclusifs de fabrication et de relance du mobilier. La femme pour qui cette chambre a été dessinée est donc aussi celle qui en a autorisé la réédition. C'est ce qui sépare un éditeur d'un copiste, et ce n'est pas une nuance juridique : c'est ce qui fait qu'un designer, ou sa succession, est payé quand on achète la pièce.
Réédition, pièce d'époque, copie
Trois objets peuvent se ressembler et n'avoir rien à voir. La pièce d'époque a été produite au moment de sa création : sa valeur tient à son état et à sa traçabilité — ici, autant dire qu'il n'en circule pas. La réédition est produite aujourd'hui par le détenteur des droits, à partir des dessins d'origine : c'est un objet neuf et légitime. La copie n'est ni l'un ni l'autre, et ne rémunère personne.
Sur une pièce aussi peu vue que celle-ci, la question se pose moins qu'ailleurs — on ne copie que ce qui est déjà célèbre. C'est précisément pour cela qu'il faut aller la voir maintenant : dans dix ans, si elle prend, elle sera copiée comme le reste.
Triode, la maison de Finn Juhl à Paris
La galerie distribue les rééditions du designer danois depuis 2011 et porte le label Maison de Finn Juhl à Paris. C'est là que la relance de la chambre est marquée par une exposition — pendant la Paris Design Week, et bien après elle.
Y aller
Triode — 28 rue Jacob, 75006 Paris. Exposition du 10 septembre au 24 octobre 2026 ; parcours Projects et Iconic de la Paris Design Week. La galerie ne publie pas ses horaires : appelez avant de vous déplacer.
Le geste Beyit : photographiez une pièce et scannez-la — l'outil vous dit qui l'édite, à quel prix, et ce qui existe autour.
Une photo, et chaque meuble est identifié.
Ta pièce, une vitrine, une capture d'écran d'inspiration : envoie la photo, on retrouve les pièces et leurs alternatives à tous les prix.