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Le OFF · Septembre 2026

The Shape of Use : et si l'étagère tournait, et si les couverts étaient géants

Sept artistes et designers rendent leur étrangeté aux objets qu'on croit connaître, en dialogue avec les dessins d'élèves d'une école d'art de Port-au-Prince. Boulevard Beaumarchais, du 11 au 24 septembre.

5 MIN · 5 OBJETS IDENTIFIÉS

Et si l'étagère bougeait ? Et si les couverts étaient géants ? Et si le store, au lieu de bloquer la lumière, proposait d'en jouer ? The Shape of Use pose trois questions d'enfant à des objets d'adulte, et confie la réponse à sept artistes et designers — plus une classe de Port-au-Prince. Boulevard Beaumarchais, du 11 au 24 septembre.

Le pari de l'exposition

L'exposition prend les objets qu'on croit connaître — meubles, assiettes, écrans, livres — et demande ce qui se passe quand on leur rend leur étrangeté. La formulation est simple, la mise en œuvre l'est moins : il faut que chaque pièce reste un objet d'usage tout en refusant l'évidence de son usage. Un objet purement absurde n'apprend rien ; un objet purement fonctionnel n'étonne personne.

Le dispositif qui tient l'ensemble est le plus inattendu : les travaux des sept sont mis en conversation directe avec des dessins d'élèves de la New Vision Art School. Le raisonnement est explicite, et il est juste — les enfants ont déjà cet instinct, ils n'ont jamais cessé de demander pourquoi les choses sont comme elles sont. Placer ces dessins non pas en marge mais dans le dialogue revient à dire que la question posée par l'exposition n'est pas une trouvaille de curateur : c'est la question par défaut, celle qu'on désapprend.

Les sept pièces

Marte Mei van Haaster présente des assiettes en forme de puzzle, qui invitent à toucher, à réagencer, à compléter. Formée à la Rietveld puis à la Design Academy Eindhoven, elle y a développé une méthode qu'elle nomme Land-Allyship, qui pose l'humain comme collaborateur des systèmes écologiques plutôt que comme extracteur de ressources : concevoir avec le monde naturel, non à partir de lui.

Serban Ionescu montre une chaise-lettre, littéralement une chaise qui fait asseoir le langage : selon l'angle sous lequel on la regarde, elle ne dit pas la même chose. Né en 1984 en Roumanie, architecte de formation, il partage sa vie entre Brooklyn et Paris et travaille indifféremment la sculpture monumentale en acier et le mobilier coloré.

Alix Lacloche propose des couverts surdimensionnés, et pose une question de cuisinière plutôt que de designer : quel goût aurait une bouchée si l'outil qui la porte refusait d'être normal ? Cuisinière et scénographe culinaire formée chez Alain Passard, Pierre Hermé et au Plaza Athénée, elle traite la table et ses objets comme un terrain d'enquête sociale.

Orfeo Tagiuri présente un store qui, plutôt que de barrer le monde extérieur, engage une conversation avec lui. Sa pratique passe de la peinture à la performance, du film à la sculpture sur bois ; il a réalisé des clips pour James Blake et Brian Eno.

Kiri-Una Brito Meumann expose des dessins sculpturaux, et demande pourquoi un dessin devrait rester plat. Née en Australie, d'ascendance brésilienne, installée à Milan, elle aborde la sculpture comme une condition plutôt que comme un objet : les formes naissent du comportement propre des matériaux.

Ilies Issiakhem montre des sérigraphies qui portent la main et la machine dans la même image. Né à Oran en 1984, formé aux Beaux-Arts de Paris, il travaille la relation entre le corps, l'image et la technologie, en empruntant à l'esthétique du glitch. Son travail figure dans la collection du Centre national des arts plastiques.

Et au centre, Julien De Smedt installe ses bookmills, des moulins à livres rotatifs qui refusent la tyrannie de l'étagère fixe et laissent les livres trouver leurs lecteurs plutôt que l'inverse. Architecte, fondateur de JDS Architects, il est aussi cofondateur du lieu.

À cela s'ajoute une liste de lectures composée par Lou Stoppard, écrivaine et curatrice, qui trace les idées sous les œuvres — une bibliographie exposée, ce qui est en soi une manière de traiter le livre comme un objet d'usage.

Ce que fait la New Vision Art School

Fondée en 2016 par l'artiste et enseignant haïtien Lesly Pierre Paul, basée à Port-au-Prince, l'école dispense un enseignement artistique et fournit du matériel gratuitement à des enfants vivant en zone de conflit, en faisant de la pratique créative un instrument de construction personnelle et de résilience. Pour The Shape of Use, ses élèves apportent des dessins qui entrent en dialogue direct avec les œuvres. C'est la première exposition née de ce partenariat.

Un mot sur la manière dont cette collaboration est présentée, parce qu'elle échappe au format habituel : les dessins des élèves ne sont pas exposés dans une salle annexe avec un panneau explicatif, ils sont placés en dialogue direct avec les œuvres. La différence n'est pas de scénographie, elle est de statut — dans un cas on illustre une bonne cause, dans l'autre on soutient que ces dessins ont quelque chose à dire sur les objets exposés. L'exposition parie sur la seconde lecture, et c'est ce qui la rend intéressante à voir plutôt qu'à approuver.

Où l'on est

Vie Projects est un espace d'exposition et de projets du Marais, fondé par l'architecte Julien De Smedt et Michelle Lu, de Semaine. Il se tient exactement là où l'art et le design croisent la culture éditoriale, et réunit artistes, designers, architectes et auteurs dans un programme d'expositions et de collaborations. Les précédentes ont accueilli Sky High Farm, James Massiah, Bobby Dowler, Sophy Rickett, un ensemble d'estampes japonaises modernes, Shaun McDowell, India Leire et Inès Mélia. L'exposition est soutenue par Semaine.

Pourquoi cette adresse

Parce que c'est l'une des rares de la semaine où l'on ne saura pas dire, devant une pièce, s'il s'agit d'une œuvre ou d'un meuble — et que c'est le sujet même de l'exposition. Notre outil sait retrouver une chaise éditée à trois cents exemplaires ; il ne sait rien dire d'une chaise-lettre qui existe une fois. C'est une limite, et c'est aussi la raison pour laquelle nous allons voir ces adresses : ce qui n'est identifiable par personne aujourd'hui est parfois au catalogue deux ans plus tard.

Y aller

Vie Projects — The Shape of Use, 55 boulevard Beaumarchais, 75003 Paris. Du 11 au 24 septembre 2026. Vernissage le vendredi 11 septembre de 18 h à 21 h. L'exposition reste ouverte cinq jours après la clôture de la Paris Design Week : c'est l'une des seules qu'on peut rattraper une fois la cohue passée.

Le geste Beyit : photographiez une pièce, scannez-la — et si elle n'existe pas encore dans notre base, dites-le-nous : c'est comme ça qu'elle y entre.

Le scan Beyit

Une photo, et chaque meuble est identifié.

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Dans cet article

Les objets, à ton budget.

Chaque pièce citée, avec ses alternatives — du vintage au dupe.

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