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Le OFF · 14 septembre 2026

Emma Donnersberg : « Je ne reproduis pas la nature, je la traduis »

Architecte d'intérieur, designer de collection, galeriste depuis octobre 2025 rue de Verneuil. Quatre collections qui vont du champignon en céramique au ruban d'acier, et une règle : l'artisan porte la moitié de la responsabilité de la pièce.

« Je ne reproduis pas la nature, je la traduis. » La phrase pourrait passer pour une élégance de dossier de presse. Chez Emma Donnersberg, elle décrit une méthode : un champignon, un nuage, une pierre usée par l'eau ne sont pas des motifs à représenter, ce sont des problèmes de construction à résoudre. Sa galerie est rue de Verneuil, dans le 7e.

Trois métiers, un seul travail

Architecte d'intérieur, designer de mobilier de collection, galeriste : la plupart des praticiens tiennent ces activités séparées, ou en font des carrières successives. Donnersberg refuse la distinction et soutient que chaque discipline révise continuellement les autres. Formée à l'architecture d'intérieur à New York, elle a passé une décennie sur des résidences privées, des restaurants et des hôtels avant de basculer, en 2017, vers le mobilier de collection.

Le passage a produit un aller-retour qu'elle décrit précisément. Ses projets d'intérieur lui ont donné la pensée spatiale qui fonde aujourd'hui son mobilier : comment une pièce tient un corps, comment la lumière court sur une surface, comment un seul objet peut donner le ton d'un espace entier. Inversement, dessiner des pièces de collection — où une forme doit tenir seule, sans murs pour la compléter — a changé sa façon de concevoir les intérieurs. « Je travaille désormais autant à partir de l'intention et de la forme que de la fonction », dit-elle.

La nature comme grammaire, pas comme décor

C'est le point qui distingue son travail d'une esthétique organique parmi d'autres. La nature n'intervient pas comme thème ornemental mais comme un corpus de principes formels — croissance, asymétrie, mouvement, logique structurelle — qu'on peut étudier et appliquer comme un architecte étudie la proportion. La chapeau d'un champignon devient une question : où se situe le poids, pourquoi une forme asymétrique peut sembler plus stable qu'une forme symétrique. Les pièces qui en sortent sont sculpturales d'abord, décoratives ensuite.

Elle en fait aussi un argument critique : la vie contemporaine tient les gens à distance des formes naturelles qui ont façonné la perception humaine pendant l'essentiel de son histoire, et ses pièces tentent d'en réintroduire le vocabulaire dans l'espace domestique. Non comme évasion, précise-t-elle, mais comme une discipline formelle lisible par quiconque a déjà regardé une plante pousser ou une pierre s'éroder.

Quatre collections, une seule enquête

ORGANIKA, commencée en 2017, est le point de départ : les tables d'appoint Mushroom, en céramique et en bronze, isolent la logique essentielle de l'objet — un chapeau, un pied, un point d'équilibre — et la traitent avec la retenue d'une étude. Les tabourets Cèpes, tournés à la main au Portugal, poussent la même recherche vers l'abstraction.

CLOUD, développée après son retour à Paris en 2022, quand elle a transformé son propre appartement en atelier, étend le vocabulaire de l'objet isolé à un registre domestique complet : assises, miroirs, appliques, tables. Le canapé Wave et les chaises Cloud traduisent en volume rembourré les bords indéterminés d'une formation nuageuse ; les miroirs et appliques Nuage, en bronze et bois laqué, portent la même géométrie adoucie sur les points fixes de la pièce. La table Galet, en chêne ou noyer et pierre taillée à la main, marque le passage à un mobilier plus architectural, fait pour organiser une pièce plutôt que pour en occuper un coin.

DELHI, dévoilée en 2026, change de référence sans changer de méthode : là où les deux premières collections partaient de la forme organique, celle-ci se tourne vers l'architecture et réinterprète le Fort Rouge, la porte de l'Inde et le Taj Mahal. Le fauteuil Arcus, le miroir Kerala, le canapé Marigold, les chaises Rainbow, la chaise longue Jaipur gardent le vocabulaire organique et les finitions à la main, mais la question a bougé : de l'intelligence de la croissance naturelle vers la place de l'humain dans la création.

RIBBON, présentée courant 2026, change de registre par la matière. Après la céramique, le bronze, la pierre et le bois, la collection est conçue en acier inoxydable : banc, lit de jour, table d'appoint et console naissent d'une ligne unique et continue qui boucle, revient sur elle-même et se pose comme le ferait un ruban laissé à trouver son équilibre. La matière est plus dure et plus industrielle que tout ce qui précède, la logique est inchangée : le mouvement d'abord, l'ornement ensuite. La ligne ne décore pas l'objet, elle est l'objet.

« L'artisan porte la moitié de la responsabilité »

C'est la partie de sa méthode qui intéresse le plus quiconque regarde des prix de mobilier. Ses pièces sont développées avec des céramistes, des fondeurs de bronze, des tailleurs de pierre et des ateliers de bois en France, en Italie et au Portugal — parmi eux la céramiste Karen Swami, le sculpteur Abel Cárcamo, l'architecte Michel Amar. Chaque matériau est choisi pour une compétence précise et non pour une finition générique : marbre et travertin italiens, céramique tournée à la main au Portugal, bronze patiné français, chêne sablé et blanchi, onyx, pierre de lave.

Le choix de l'atelier est inséparable du dessin : une pièce conçue pour la céramique ne peut pas être simplement refondue en bronze sans devenir, de fait, un autre objet. « L'artisanat est un dialogue, pas un processus de production », dit-elle. « Les artisans avec qui je travaille portent la moitié de la responsabilité du résultat. » D'où une conséquence visible à l'œil nu : l'irrégularité est conservée plutôt que corrigée. Une base tournée à la main, un bronze qui prend la patine inégalement, une veine de pierre trouvée et non choisie — ce qui serait ailleurs normalisé devient ici la preuve que l'objet a été fait par quelqu'un.

La galerie, et pourquoi elle existe

Donnersberg a ouvert sa galerie au 60 rue de Verneuil, à Saint-Germain-des-Prés, en octobre 2025. La décision a suivi plusieurs années de curation informelle : avec A date with art, une série de portraits filmés dans les ateliers de peintres femmes — parmi elles ATSOUPÉ et Marcel·la Barceló — elle testait déjà en public le type de dialogue que la galerie formalise aujourd'hui.

Le principe est simple et rare : son propre mobilier est montré avec les peintures accrochées, de sorte que chaque exposition fonctionne comme une pièce où deux disciplines doivent partager l'espace et s'aiguiser par contraste. La dernière en date, The Mystic Hunt, présentait les peintures d'Isabella Vella — pigments récoltés, encre, gesso, imagerie médiévale et folklore — avec des pièces des collections DELHI et RIBBON.

Pendant la Design Week

Pour la Paris Design Week, la galerie présente les collections RIBBON et DELHI — l'acier qui boucle et l'architecture indienne, les deux plus récentes — aux côtés de pièces emblématiques de la collection permanente. De quoi voir dans une seule pièce le chemin parcouru depuis les champignons d'ORGANIKA. La galerie est ouverte du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h, et fermée le week-end : pendant le OFF, c'est une adresse qui se planifie.

Y aller

Galerie Emma Donnersberg — 60 rue de Verneuil, 75007 Paris. Du lundi au vendredi, de 10 h à 18 h, fermée le week-end. La galerie a ouvert en octobre 2025 et montre le mobilier de la maison avec les peintures exposées. À noter pour la suite : en octobre 2026, à Design Miami Paris, Donnersberg dévoile une série de sculptures-champignons en céramique, uniques, dans les espaces extérieurs de l'Hôtel de Maisons — un retour, dix ans après, à l'objet qui a lancé la pratique, nourri par ses voyages en Afrique.

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