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Le OFF · 10 septembre 2026

DePliable : le meuble qui change de métier quand on déplie son pied

Colomban de Mascarel montre cinq ans de recherche sur un seul système : un trépied déployable qui fait passer le même objet du tabouret à la table d'appoint. Rue Commines, du 7 au 13 septembre, avec des artisans et des fabricants de matériaux innovants invités à s'y greffer.

Il y a deux façons de faire un meuble pliant. La première, la plus répandue, consiste à prendre un meuble et à lui ajouter une charnière : le résultat se range, mais il ne devient rien d'autre que lui-même en plus plat. La seconde consiste à partir du mécanisme et à laisser l'objet en découler. C'est celle qu'a choisie Colomban de Mascarel, et c'est ce qu'il montre rue Commines du 7 au 13 septembre, sous le nom de DePliable.

Un pied, plusieurs métiers

Le système tient en une phrase : un trépied dont les jambes se déploient, et dont le déploiement fait varier la hauteur. Une fois la hauteur changée, la fonction change avec elle. Replié bas, le pied du tabouret est aussi une petite table basse ; celui du tabouret haut devient une table d'appoint de 60 cm. Le plateau ne bouge pas, la structure non plus — c'est l'angle qui travaille. Au-delà, le système change d'échelle plutôt que d'angle : les tables de 75 cm, les plateaux au-dessus de 70 cm et les mange-debout ont leur propre structure, dessinée dans la même logique. Chaque combinaison produit une silhouette différente et suggère un usage, sans que rien n'ait été ajouté ni retiré.

Ce déplacement a une conséquence que l'on mesure mal tant qu'on n'a pas l'objet devant soi : la structure peut être une assise ou un support, et le même pied peut porter une table basse ou une table d'appoint, ce qui veut dire qu'un même exemplaire remplace deux ou trois meubles dans une pièce. Ce n'est pas un argument de gain de place, c'est un argument de nombre : on possède moins d'objets, et celui qu'on possède travaille davantage.

Ce que « circulaire » veut dire ici

Le mot est devenu si commode qu'il ne dit plus grand-chose. Dans le cas des DePliables, il recouvre deux gestes vérifiables. D'abord la matière : les plateaux sont fabriqués à la main à partir de matériaux réemployés ou recyclés, et l'atelier travaille cette contrainte en amont du dessin plutôt qu'en aval. Les structures, elles, sont en matériaux neufs — mais la simplicité du système et de l'assemblage fait que l'ensemble se répare, se démonte, et donc se recycle. Ensuite la durée d'usage : un objet qui change de fonction en même temps que la vie de celui qui l'utilise sort moins vite du circuit qu'un objet dessiné pour un usage unique. La proposition explicite de l'atelier est de constituer une alternative au mobilier pliant standardisé — celui qu'on achète pour un été et qu'on remplace au suivant.

Cinq ans dans une seule salle

L'exposition ne présente pas une collection nouvelle mais un ensemble : cinq années de travail sur le mobile, le modulaire et le circulaire. Les pièces retenues ont été choisies pour raconter chacune une transformation, et pour montrer l'étendue des compositions que le système autorise. C'est un format rare pendant la Design Week, où la règle non écrite consiste à ne montrer que ce qui sort cette année. Voir les états successifs d'une même idée est plus instructif que voir dix idées séparées.

Pour cette édition, l'atelier a invité plusieurs artisans ainsi que des fabricants de matériaux innovants à venir s'assembler sur le trépied. Le système devient alors une base commune, presque un standard ouvert : chacun apporte sa matière ou son plateau, la mécanique reste la même. C'est la partie de l'exposition qu'on ne peut pas anticiper, et probablement celle qu'il faut aller voir en premier.

Ce que change un designer qui fabrique

Le statut de designer-fabricant a des conséquences très concrètes, et rarement dites. La première est le prix : sans éditeur ni revendeur, la marge d'intermédiaire disparaît, mais le temps de fabrication est payé au réel, ce qui donne des objets qui ne sont ni bon marché ni spéculatifs. La deuxième est la réparation : un objet dont on connaît l'auteur et l'atelier se répare, alors qu'un meuble pliant industriel se remplace. La troisième est la série : une pièce faite à la main dans un atelier existe en quelques dizaines d'exemplaires, ce qui la place dans une zone où ni le marché du neuf ni celui de l'occasion ne savent la situer.

C'est aussi ce qui rend ce type d'adresse difficile à documenter. Une chaise éditée à trois cents exemplaires laisse une trace — une fiche produit, un prix, des photos de catalogue. Un DePliable n'en laisse presque aucune. Le seul moyen de savoir ce qui existe est d'aller le voir pendant les cinq jours où c'est montré.

Hors série

Parmi ces collaborations, une pierre. Phydiastone est la pierre écologique mise au point par Seta Zandi (phydiastone.fr) : un plateau minéral posé sur un pied déployable, c'est la démonstration la plus directe de ce que permet le système. La structure reste, la matière change, et l'objet avec elle.

Qui fabrique

Colomban de Mascarel est diplômé de l'École d'architecture de Versailles et travaille depuis son atelier en banlieue parisienne, dans une pratique de designer-fabricant : il dessine et il produit, sans intermédiaire. Il y explore les systèmes mobiles, légers et déployables, et poursuit en parallèle un travail sur le recyclage et le réemploi des matériaux dans le design, la scénographie, l'architecture et le paysage. L'atelier s'appelle Nomade — le nom dit déjà l'essentiel du programme.

Cette position de fabricant explique la nature des pièces. Un système à trépied déployable qui doit tenir sous le poids d'un adulte assis, puis se transformer en table d'appoint, ne se résout pas sur un écran : il se résout à l'atelier, en refaisant la jonction jusqu'à ce qu'elle tienne. Les objets qui en sortent portent la trace de cette mise au point, et c'est précisément ce qu'on regarde de près quand on est devant.

Pourquoi cette adresse

La galerie Mmatters est rue Commines, à deux pas de la rue de Bretagne, dans la partie du 3e arrondissement où le OFF se concentre le plus densément. C'est aussi le type d'adresse qui rend notre outil inutile — et c'est un compliment. Devant une pièce de série, l'application vous dit ce que c'est, qui l'édite, et à quels prix on la trouve ailleurs. Devant un DePliable fabriqué à la main dans un atelier de banlieue, elle n'a rien à dire, pour la meilleure des raisons : il n'existe nulle part ailleurs. La Design Week est le moment de l'année où l'on croise le plus grand nombre d'objets de ce genre, et où il vaut la peine de retenir le nom de celui qui les fait.

Y aller

NM Atelier — Collection DePliable, à la galerie Mmatters, 2 rue Commines, 75003 Paris. Du 7 au 13 septembre 2026, de 10 h à 18 h. Vernissage le samedi 12 septembre à partir de 18 h. L'exposition ouvre trois jours avant le début officiel de la Paris Design Week et ferme le 13 : elle se voit dans la première moitié de la semaine, pas dans la seconde.

Le geste Beyit : photographiez une pièce, scannez-la — et si elle n'existe pas encore dans notre base, dites-le-nous : c'est comme ça qu'elle y entre.

Le scan Beyit

Une photo, et chaque meuble est identifié.

Ta pièce, une vitrine, une capture d'écran d'inspiration : envoie la photo, on retrouve les pièces et leurs alternatives à tous les prix.

Dans cet article

Les objets, à ton budget.

Chaque pièce citée, avec ses alternatives — du vintage au dupe.

Galerie · 2 images.

DePliable : le meuble qui change de métier quand on déplie son pied — illustration 2
DePliable : le meuble qui change de métier quand on déplie son pied — illustration 3
Démo

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